La pornographie consiste essentiellement à conférer à l'objet son évidence la plus absolue, à supprimer toute ambiguïté et à simplifier les circuits de compréhension jusqu'à saisir pleinement toute la machinerie de l'objet. Au contraire, le désir sexuel est construit à partir du mystère, d'une confiance aveugle et d'un manque de compréhension. L'impulsion sexuelle en tant que vecteur d'échange constitue un accord tacite : l'acceptation de complexité, de conférer à l'objet la qualité de sujet. Ton désir se manifeste au même titre que le mien, et par leur combat acharné et insoluble, les échanges sensoriels, sexuels y trouvent une effervescence à la réplicabilité non-industrielle, seulement agités par l'intuition que la résolution n'aura pas lieu, que la fin n'apportera ni réponse, ni signification. Les signes et symboles y évoluent hermétiquement, ne renvoient à rien, sinon à eux-mêmes. Le plaisir n'y exerce que la fonction nue du plaisir.
La pornographie est le refus du sujet, la suppression méthodique de l'imaginaire au profit de l'intelligible. Au sens commun tout comme au sens le plus abstrait, elle digère la moindre idée embryonnaire, le moindre non-dit et le plus insignifiant des mystères. Ce qu'elle régurgite alors est la forme, le symbole gorgé du sens le plus évident, de la causalité la plus grossière. L'obscénité ne me semble pas tout à fait décrire le mouvement digestif de la pornographie. L'ultraobscène (pour reprendre le titre du groupe Breakbeat Era) en est même un refus par implosion.
La pornographie dans son reflet sexuel, celui que l'on utilise pour la décrire couramment, ne représente en réalité qu'une part de la fonction et de la représentation pornographiques. La pornographie est un mouvement, une dynamique, un langage spécifique et pluriel dans ses manifestations, unilatéral dans son fonctionnement. Ainsi, une scène d'acte sexuel montrée dans un film ne relève pas nécessairement de la pornographie. La mise à nu dans ce contexte ne correspond pas automatiquement à l'objectivation des corps et des sujets. Elle ne lève pas le mystère pour en éructer une machinique limpide.